Un miroir aux alouettes ?

Il y a des médecins qui soignent le corps et ses symptômes. Il y a des médecins qui soignent l’âme et il y a des médecins qui envisagent le patient comme une totalité avec des interactions inexorables entre le corps et l’esprit. Le docteur Bruce Hoffman à Calgary est l’un d’entre eux. Et Ren est actuellement -enfin-en traitement dans sa clinique. Je dis enfin car depuis son appel de fonds en janvier 2022, nous n’avions que peu de nouvelles au sujet de ce voyage thérapeutique au Canada.

Le concept de maladies dites psycho-somatiques est depuis longtemps bien intégré dans les approches contemporaines de la médecine. Bruce Hoffman n’a rien inventé. La maladie … ou le mal a dit.

La démarche est très intéressante et incontestable. Pourquoi telle maladie aura-t-elle un impact aussi important sur une personne et pas sur une autre ? Peut-on ignorer l’impact du psychologique sur les manifestations physiques? Comment ne pas associer les environnements spatio- temporels, chimiques, culturels, affectifs et émotionnels, leurs bienfaits mais aussi leurs méfaits aux réponses visibles et invisibles de nos organismes? L’à priori de base étant que nos sociétés actuelles libèrent une charge toxique telle qu’elle submerge nos défenses. Nos organismes ne sont pas génétiquement assez résistants pour résister aux ondes électromagnétiques, aux produits chimiques et à toutes les agressions de notre monde moderne.

Telle est l’approche de la médecine dite intégrative , celle à laquelle se réfère le docteur de Ren et à laquelle j’adhère totalement.

J’espère sincèrement que Ren en retirera tout le bénéfice possible.

Le traitement proposé par le docteur et auquel se soumet Ren est donc pluridisciplinaire.

La première approche est de l’ordre de l’allopathie traditionnelle : prise de sang et analyses diverses et variées. Si j’ai bien compris Ren a développé des symptômes dus à la maladie de Lyme. Ses mastocytes se sont affolés et ont produit une réponse immunitaire et inflammatoire inadéquate. Il a développé des allergies et des douleurs neuropathiques diverses. Son organisme est devenu hypersensible et hyper réactif aux histamines, moisissures, métaux lourds et autres agents allergènes.

La première étape semble donc être une prise en charge nutritionnelle. Il y a ce que nous respirons mais la plus grande absorption reste quand même notre alimentation. Ren a déjà tenté tout cela, en quoi le traitement au Canada serait-il différent ? Les régimes alimentaires, il connaît.

La seconde étape serait celle des compléments alimentaires. Les carences dues au régime alimentaire devront être comblées par des substituts ainsi que par d’autres reconnus pour leur action anti-inflammatoire. Sur le site de la clinique, on nous parle de camomille, de thé vert,de vitamine C de légumes bio, de shakers multivitaminés à boire mais aussi de synergies de plantes, de glucose, de phospholipides directement injectés par intraveineuse.

Pourquoi pas ? Le problème est que le médecin travaille avec quelques laboratoires. Pas énormément, ils se comptent sur les doigts d’une main. En est il actionnaire majoritaire ou tout simplement propriétaire ? Tous ces compléments peuvent se trouver en pharmacie à moindre coût. Le docteur avance des arguments comme l »origine des éléments, de l’extraction et de la synergie particulière de ces derniers… Accordons le bénéfice du doute même à quelqu’un qui fait sa publicité sur Facebook et qui fait l’objet de deux mesures disciplinaires de la part des autorités sanitaires canadiennes. .

Pour ma part, j’ai bien peur qu’il ne s’agisse que d’une grande entreprise à but lucratif qui pratique la vente liée mais ce n’est que mon avis, partagé semble-t-il par d’autres fans que moi.

Si cela intéresse d’autres lecteurs, j’ai trouvé une explication complète de la démarche du docteur sur un podcast retranscrit de bodybio.com (tiens c’est bizarre ne serait-ce pas le nom d’un laboratoire ?) où le docteur Hoffman intervient en personne.

https://bodybio.com/blogs/blog/cellular-health-phospholipids-podcast

Je me permets de passer sur tous les aspects financiers et le coût fortement élevé de tous ces traitements et de tous les examens de laboratoire que ce type de protocole engendre. Car aux analyses biochimiques de sang, d’urine, aux biopsies s’ajoutent des analyses du cerveau par le biais de diverses techniques telles qu’IRM, scanners etc… En effet, après la biochimie et la nutrition, le chercheur s’intéresse à des structures cérébrales différentes qui expliqueraient en partie la manière dont une personne réagirait face aux stimulis et allergènes extérieurs. Je me pose toutefois la question à savoir si cette médecine serait réservée aux personnes ayant les moyens ou à celles suffisamment connues pour lancer un appel de fonds et surtout que ce dernier soit entendu. Je relève là encore un paradoxe chez Ren : sa participation à cette santé monnayée et monnayable semble être en totale contradiction avec toute son approche de la société dans ses textes faisant référence aux sans-abris, au pouvoir de l’argent et à la corruption qu’il engendre.

J’ai trouvé d’ailleurs un autre appel de fonds sur la plateforme Gofundme lancé par une infirmière prénommée Melissa sur le site beta.ctvnews.ca. Les mauvaises langues pourraient vite se demander si une des alternatives proposées par la clinique pour que les patients potentiels puissent financer de tels coûts ne serait pas celle-ci…

Je ne détaillerai pas cette partie sur les recherches cérébrales car j’avoue ne pas avoir tout saisi n’étant ni médecin ni scientifique. Toutefois Ren lui même avoue avoir été diagnostiqué avec des dommages cérébraux dûs à la maladie de Lyme expliquant son brouillard cérébral, ses angoisses, ses psychoses. Il dit aussi avoir développé un syndrome post traumatique suite aux errements diagnostiques et aux nombreux traitements miraculeux mais finalement inefficaces qu’il a subi. Il est évident que cela a dû être très difficile à supporter. Mais je me demande si les problèmes de santé mentale qu’il évoque sont bien consécutifs à la maladie de Lyme où s’ils n’était pas déjà présents antérieurement. Deux ou trois détails que j’ai relevés me poussent à émettre ce doute. Dans son post promotionnel pour la sortie de son clip « Hi Ren », il écrit en introduction : »Jusqu’à l’âge de 9 ans, j’entendais par intermittence une voix dans ma tête qui n’était pas la mienne. » Puis un peu plus loin : « Je me souviens très bien qu’à 9 ans, j’étais très frustré par cette voix. Je me tenais dans mon jardin, hurlant intérieurement à la voix de se taire encore et encore, et elle le fit ». Dans sa chanson  » pocket full of pain », il chantait déjà :  » la première fois que je me suis senti désespéré…je crois que j’avais cinq ans parce que j’étais entre les mains de ce tyran… » J’ai trouvé une seule mention de Ren dans les posts de sa soeur et elle emploie la locution « my strange brother « . Ce ne sont que quelques exemples parmi d’autres…

Un autre aspect de la thérapie multimodale et intégrative pratiquée par le Dr Hoffman m’a fortement intéressée. Ayant étudié l’ayurveda et d’autres disciplines alternatives en Afrique du sud (dont il est originaire) et ailleurs, il intègre dans son approche globale du patient, la thérapie de constellation familiale et les traumatismes des développements précoces. Il pense que l’on ne peut pas réduire toute la symptomatologie d’une personne à des tests de laboratoire ou aux symptômes qu’elle éprouve. Pour lui, Lyme par exemple ne pourrait être qu’un déclencheur. La plupart de ses recherches tentent donc de répondre à la question : y-aurait-il un type de personnalité ou avec un certain type de constellation familiale qui pourrait être plus vulnérable à Lyme, à la co-infection, à l’autisme etc ?

Ces différents facteurs pourraient en effet avoir une conséquence importante sur la force de l’égo (très décisive dans la manière d’aborder , de vivre et de considérer sa maladie) que le médecin étudiera également. L’égo de Ren? Pauvre Bruce, sacré challenge à relever !

Les traumatismes des développements précoces, en un mot de l’enfance auraient quand à eux un impact sur les structures cérébrales et sur la manière dont le patient choisirait inconsciemment les défenses qu’il utilisera pour éloigner les sentiments qu’il ne veut pas exprimer. Cette approche se base sur le fait que les maladies physiques complexes sont profondément enracinées dans les traumatismes et la douleur générationnelle et que le facteur le plus important dans la causalité de la maladie est un événement traumatisant dans l’histoire d’une personne. Les systèmes familiaux portent des secrets et des enchevêtrements qui s’expriment par la biochimie sous forme de symptômes.

Lors de mes investigations webesques et de l’étude approfondie des textes de Ren, j’ai en effet senti un certain nombre de non-dits, de mots cachés derrière d’autres. J’ai essayé de comprendre et je me demande si ce n’est pas ça qui a fortement et à tel point contrarié Ren dans mon travail. Car que m’a-t-il reproché en premier lieu ? D’avoir fait des recherches sur sa famille. Aurais- je touché un point sensible ? Me serais- je approchée de ces traumatismes des développements précoces dont parle le docteur Hoffman? Aurais-je finalement une vraie connexion (à sens unique) avec ce garçon? Ce ne sont que des hypothèses fumantes me diront certains mais mon esprit malade comme le pensent les autres ne peut s’empêcher de relier tous ces détails.

J’étais profondément inquiète au tout début de son projet de traitement. Il espérait récupérer 100% de ses capacités. Ce qui me semblait illusoire. J’avais peur qu’il ne soit à nouveau terriblement déçu. Dans son dernier post, il semble plus mesuré voire résigné. Ce traitement pourra lui apporter beaucoup mais ne sera en aucun cas miraculeux. La maladie de Lyme n’est pas anodine sur le long terme. Ren a souffert et souffre encore. Ses cernes marquées sur certaines stories ne trompent pas et cela même si on le voit sur d’autres faire des figures acrobatiques, des fêtes déjantées ou un concert au Dôme de Brighton bondissant comme un Jagger des années 80.

Entre autres symptômes, Lyme entraîne par exemple des problèmes d’arthrite et aucun traitement même expérimental ne peut guérir cette maladie dégénérative, on peut juste en limiter les effets gênants et douloureux. Il en est de même pour les problèmes cardiaques et que dire des dommages cérébraux ? Si lors de ses premières crises faussement considérées comme l’expression d’une bipolarité ont été prescrits des neuroleptiques et pas seulement des antidépresseurs et des anxiolitiques, il faut savoir que ces médicaments laissent des traces souvent irréversibles et si ils ont été combinés à des prises d’alcool, de cannabis ou d’anabolisants, irréversibles et dévastatrices. Je ne dis pas que c’est le cas pour Ren. Je sais simplement et malheureusement comment les médecins traitent ce genre de symptômes et comment on a envie de vivre à fond et de tester des sensations nouvelles quand on est jeune.

Dans ce dernier post, j’ai relevé également que Ren s’excuse presque de donner des nouvelles de son traitement en arguant qu’il ne veut pas être uniquement assimilé à ses problèmes de santé. C’est un artiste et il veut qu’on pense à lui en tant que tel. Pourtant de quoi traitaient ces deux derniers opus ? Diazépam, Dépression, Crutch et bien d’autres? Qu’évoquaient ces chansons ? Ren ne semble pas accepter le fait que la maladie de Lyme, ses conséquences et la façon dont il intellectualise et aborde les troubles qui en découlent soient une question primordiale dans son parcours artistique pour sa créativité et sa sensibilité.

Ren semble aussi résigné à passer plus de temps que prévu au Canada. Va-t-il supporter cet exil loin de sa famille et de son cercle d’amis très proche et finalement assez restreint de Brighton ? Je pensais que sa très classe petite amie resterait avec lui au Canada mais il semble bien qu’elle soit rentrée en Angleterre. Il a aussi dû arrêter de fumer. Etant moi même malheureusement addict à cette satanée mauvaise habitude, j’imagine aisément combien cela doit être difficile.

Même si souvent il semble en jouer plus ou moins, force est de reconnaître que son parcours de vie a été jusqu’à présent semé d’embûches, de résignations et de déceptions.

J’espère sincèrement que ça ne sera pas de nouveau le cas aujourd’hui.

Chaque avancée de sa carrière artistique a été stoppée net par des problèmes de santé, qu’ils soient personnels (ce fut le cas quand il a été signé par Sony ou quand son groupe Trick the fox s’est dissout suite à son incapacité physique à assurer toutes les représentations et toutes les contraintes que ce métier implique) ou à portée plus générale (l’épidémie de COVID n’aurait-elle pas éteint l’étincelle pourtant si prometteuse des Big Push ?).

Même si je n’adhère pas émotionnellement à ses derniers choix artistiques, j’espère que ce ne sera pas de nouveau le cas aujourd’hui.

Malgré ses contradictions, ses paradoxes, il mérite autre chose, il mérite mieux.

NB : remerciements à Thierry pour son aide précieuse sur les aspects médicaux.

2 réponses à « Un miroir aux alouettes ? »

  1. Bonjour,

    Ce commentaire n’est pas en rapport direct avec cet article mais je ne savais pas où le poster ^^’
    J’ai découvert Ren il y a quelques mois et c’est tout naturellement que je suis tombée sur votre blog en cherchant quelques infos sur le net sur la carrière de ce dernier.

    Je suis partie chronologiquement dans la lecture de votre blog et, sans m’en rendre compte, j’ai lu tous les articles. Je me suis parfois reconnue dans vos écrits/ressentis en tant que fan de nombreux artistes/créateurs. Je n’ai jamais été une fan « hard-core » mais je suis émotionnellement très investie pour certains artistes tellement ils parlent à mon âme et qu’ils me procurent de la joie et de l’apaisement. C’est pourquoi j’ai poursuivi ma lecture, vous vous livrez avec beaucoup de sincérité et j’étais intéressée et happé par vos réflexions.

    Je cherchais à comprendre, vos ressentis puis les miens face à vos écrits, à ce que j’en pensais etc… C’est alors qu’il m’est venu à l’esprit le souvenir d’une vidéo YouTube, d’un créateur de contenu que j’affectionne, qui parlait de ce phénomène qui relie les fans/spectateurs/ »viewers » à leur artiste/créateur de contenu favori : la relation parasociale. (ici, il part de sa propre expérience en tant que « YouTubeur » face à sa communauté mais c’est également transposable à la relation artiste/fans). Ce phénomène étant d’autant plus exacerbé par Internet et les réseaux sociaux, je trouve nécessaire d’en avoir connaissance afin de mieux lui faire face.

    Je vous la mets en lien juste ici : https://youtu.be/EQaAyHhGc7Y

    Je trouve que c’est très instructif et que cela permet de prendre du recul face à toutes les émotions que l’on peut ressentir en tant que fan/spectateur et ainsi de mieux vivre cette relation.

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    1. Merci Lili pour ce commentaire pertinent et constructif, apaisé et apaisant. Je serais très heureuse, si vous le souhaitez, d’échanger avec vous à ce sujet.
      stellasorel@yahoo.com.

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