Je suis un simple morceau de bois balloté au gré des humeurs des rouleaux de l’océan.
Chaque fois que je crois atteindre la rive, son sable tiède et calme, une vague me cueille et me ramène dans les tumultes, les remous hurlants de l’eau en mouvement.
Je crie avec elle mais personne ne m’entend.
Je n’ai plus de relief tant les rouleaux m’ont écrasé, façonné, lissé.
C’est beau le bois flotté : grand nombre en font des décorations !
Mais moi je n’aime pas le bois flotté, je hais l’uniformité de sa surface car je sais à quel prix elle a été obtenue.
Si un jour j’arrive enfin sur la grève on ne fera pas de moi une oeuvre d’art ni même une décoration lamda, on me jetera probablement à son chien le long des plages beiges et lui aussi me façonnera avec ses dents jusqu’à ce qu’un nouveau jeu, ou la fatigue, ou le rappel de son maître le fasse m’ abandonner juste un peu plus loin de l’endroit où l’on m’a trouvé ou me renvoyer dans l’immensité bleue et grise.
Aujourd’hui j’ai rejoint la mer encore une fois…
Pourquoi pas?
Je ne suis qu’un bout de bois.
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