Ren Gill : Ce jour où la foudre est tombée.

Comme mon ami, moi aussi j’avais souri mais derrière le ton cynique et sarcastique adopté lors de la rédaction de mes derniers articles se cachait une profonde déception. J’avais tellement d’affection et d’admiration pour cet artiste. L’incompréhension à laquelle je faisais face concernant ma démarche et mon travail me faisaient ressentir un sentiment d’injustice.

Je décidais donc de passer à autre chose mais c’était sans compter sur les facéties du destin.

Quelques temps en arrière, j’avais voulu écrire un courrier postal afin d’avoir une chance d’être lue : un ami qui avait commandé un CD des Big PUSH m’avait donné l’adresse de l’expéditeur qui était notée au dos de l’enveloppe.

 À la suite de mes commentaires et de mes partages enthousiastes de photos et vidéos sur les réseaux sociaux, j’étais en contact avec une fan de Brighton. Elle m’avait indiqué qu’elle croisait souvent Ren car il habitait au-dessus de la salle de sport qu’elle fréquentait. Je lui demandais donc si elle pouvait me confirmer l’adresse. Je lui avais bien précisé que je comprendrais son refus de le faire. Elle ne m’avait rien confirmé, je n’avais pas insisté d’autant plus que j’avais abandonné l’idée d’écrire ce courrier. Nous sommes restées un certain temps sans ne plus communiquer. Il y a peu de temps en arrière, cette personne m’a recontactée. Elle voulait savoir si j’écrivais toujours mon blog sur Ren et si j’avais avancé sur l’adresse.

Je partageais alors avec elle le fruit de mes recherches, très bêtement toute fière de la facilité de trouver toutes les informations sur le net. : je m’étais rappelée une vidéo avec une vue magnifique sur une célèbre enseigne. Sur Google, il y avait trois lieux correspondants à l’enseigne en question et je n’avais eu plus qu’à comparer les façades. Google Earth avait fait le reste, la rue derrière correspondant bien à l’adresse postale que l’on m’avait donnée initialement.

Et la foudre tomba.

 Ce sont dans des moments tels que celui-là que l’on remercie le ciel de ne pas avoir vécu en 1940, en RDA dans les années 60 ou en Corée du Nord de nos jours… malheureusement les exemples ne manquent pas.

Dès le lendemain 11 heures soit donc 9 heures après la fin de la conversation évoquée plus haut, je reçus un message privé de Ren en personne. J’avais cessé d’espérer une quelconque communication et voilà qu’il me contactait à sa propre initiative !

Ah, je le voulais cet échange, et bien je l’ai eu. Pas du tout celui que j’avais espéré ni envisagé dans mes pires cauchemars.

Ren me reprochait d’avoir partagé son adresse sur les réseaux sociaux.

Je lui rappelais simplement et calmement que je n’avais échangé cette information qu’avec une seule personne en message privé et en aucun cas sur un réseau public. Comment cette personne lui avait-elle présentée cette information ? En tout état de cause, Ren semble s’être senti menacé. Pour sa défense, je reconnais qu’avec les incidents précédents sur les réseaux sociaux (concernant mon blog et l’interprétation qui en avait été faite et relayée avec beaucoup d’application par des fans dévoués) et d’autres actions de ma part pas forcément très intelligentes et que je détaillerais plus loin et qui illustrent bien le paradoxe du fan ou tout du moins mon paradoxe à moi en tant que fan, je devais commencer à considérablement l’irriter.

Le début de la conversation a donc été extrêmement dur avec des paroles fortes, des menaces de poursuites judiciaires, des allégations sur ma santé mentale.  La conversation s’est toutefois peu à peu apaisée et nous avons pu échanger nos points de vue. J’ai pu ainsi prendre conscience de certaines de mes erreurs et lui réviser un peu son jugement sur mon travail ou du moins sur mes intentions. Mais cela n’en resta pas moins brutal et perturbant…

Je décidais donc de supprimer le blog.

Là-encore coïncidence ou facétie du destin, le lendemain soir, nous étions invités, mon mari et moi, à dîner chez des amis. Leur fils, tout jeune avocat, était présent et a bien confirmé mon droit à publier les informations que j’avais trouvées dans la mesure où :

·         Elles étaient accessibles à tout le monde, même à un internaute lambda comme moi, sur des profils publics.

·         Elles n’avaient pas été obtenues par des moyens illégaux (hackage, script… mots et notions m’étant totalement inconnus).

·         Elles n’avaient aucun caractère injurieux, ne portaient pas atteinte à son intégrité physique et morale ni à celles de ses proches

·         Chacun est responsable de ce qu’il publie.

·         Et que les déductions et suppositions faites de ma part étaient bien présentées comme telles et jamais comme des affirmations et toujours introduites par des formules telles que : « il me semble que…, j’ai l’impression que … mon ressenti à la lecture de ces lignes est… je suppose que… » Etc…

Il me fallut quelques jours de réflexion pour intégrer et digérer les remarques de Ren qui je l’avoue m’avaient laissées dans un profond désarroi et les indications juridiques du fils de mes amis.

 Le cerveau reposé à défaut d’être apaisé, j’informais Ren de mon intention de republier certains articles de mon blog. En effet, il me semblait que mon travail d’écriture et de recherche n’avait pas moins de valeur qu’un autre et je ne voyais pas pourquoi il n’aurait pas le droit d’exister.

J’ai toutefois décidé de ne pas republier les articles qui lui posaient un problème uniquement par respect pour son ressenti et non par peur des poursuites judiciaires dont il m’avait menacé. Je pense d’ailleurs les redéposer en ligne quand j’aurai apporté toutes les modifications nécessaires pour ne pas provoquer un sentiment d’insécurité chez Ren et ses proches.

Ces articles concernaient essentiellement mes recherches sur sa famille. Ren m’a reproché de donner comme un mode d’emploi pour que d’autres personnes puissent emprunter le même chemin que moi, trouver les membres de sa famille (en particulier sa maman) et utiliser les informations dans un but bien moins bienveillant que le mien (il reconnaissait par là que mes intentions n’étaient pas perverses, c’est déjà ça). Sincèrement je n’avais pas envisagé les choses sous cet angle pensant que les lecteurs -uniquement des fans comme moi- n’en feraient pas usage autrement. Il me demandait alors pourquoi j’avais eu le besoin de détailler mes recherches et trouvait cette démarche malsaine. De premier abord, il est vrai que ce sentiment est légitime.  Mais là encore, je pense ne pas avoir pris la mesure de mes actes. J’ai vu ça comme un jeu d’exploration des réseaux, une sorte de Cluedo, d’enquête à la Sherlock Holmes. J’avoue m’être prise au jeu de l’enquête sur les merveilleuses possibilités qu’offraient internet et les réseaux sociaux pour trouver à peu près tout ce que l’on souhaite savoir et j’ai eu envie d’en rendre compte.

D’autre part, je pense toujours que Ren n’a pas lu mon blog. Je lui ai posé la question et il m’a répondu de façon assez évasive. Si tel était le cas, il aurait vu que les informations que je partageais n’étaient pas exploitées à titre gratuit mais avaient tout à fait leur place dans la trame -je ne dirais pas littéraire pour ne pas paraître présomptueuse- mais au moins éditoriale que je m’étais fixée. Comprendre sa sensibilité artistique, ce qui faisait de lui un auteur et un interprète aussi talentueux. Il est assez évident que certains passages lus au hasard sans tenir compte de la teneur globale du blog pouvaient être mal interprétés.

Un autre reproche formulé par Ren a été le fait que j’avais contacté certains de ses amis.

Je tiens ici à préciser que dès l’écriture des 2 premiers articles, j’avais informé Ren de l’existence de ce blog en message privé sur tous les réseaux que j’avais à ma disposition. J’en avais aussi informé ses amis les plus proches (les membres de son groupe et son photographe officiel) en leur demandant leur avis en tant qu’ami de Ren. Aucun d’entre eux n’a eu ou pris le temps d’y répondre. Si tel avait été le cas, je n’aurais probablement pas ressenti le besoin d’approfondir un peu plus.

J’ai alors contacté 2 autres amis qui avaient côtoyé Ren lorsqu’il avait commencé à être malade. Un jeune homme qui avait participé à un camp vocal en même temps que Ren et une ancienne colocataire des années 2012-2014. Là encore, je pense que l’on voit bien qu’il s’agissait pour moi de cerner plus intimement le garçon qu’il était à l’époque et comment sa maladie avait pu influer sur sa conception de la vie et sa créativité. Ce n’étaient pas des amis « actuels » auxquels je souhaitais soutirer des informations croustillantes sur sa vie privée d’aujourd’hui. Je les ai contactés de manière très respectueuse et devant leur décision de ne pas communiquer je n’ai pas insisté. Ces personnes, si elles sont honnêtes pourraient témoigner qu’il n’y a eu aucun forcing ni aucun harcèlement d’aucune sorte de ma part.

Je n’aurai pas dû. Ren m’a reproché d’avoir plongé ses amis dans une situation délicate : même si tel n‘était pas mon but, je peux comprendre mon erreur.

Ormis ces 6 personnes je n’ai contacté aucun membre de sa famille ni de son entourage actuel. Je parlais plus haut de quelques actions peu intelligentes de ma part. Pour être tout à fait honnête, je me suis en effet laissé emporter deux fois par ma frustration ou ma colère. J’ai posé une question sur une collecte de fonds sur un réseau social et j’ai mis en vente 3 tickets de concert en précisant qu’il était hors de question que je me déplace de France pour voir un leader narcissique faire son show. Je viens d’ailleurs de les transférer à Ren pour qu’il puisse les offrir à qui bon lui semble. Malgré toute mon admiration artistique intacte, je ne pense plus pouvoir apprécier le moment à sa juste valeur.

Le reste de mes interventions écrites n’étaient que soutien et admiration pour le travail de Ren, de son groupe, des autres membres de son groupe individuellement, de son photographe et de son vidéaste.

Je n’ai non plus jamais publié de paroles désobligeantes au sujet d’une de ses amies comme certaines déductions hasardeuses ont pu le faire croire.

Paradoxe du fan ou plutôt mon paradoxe en tant que fan : OUI, je pense ne jamais avoir été complaisante avec moi-même.

Paradoxe de l’artiste : OUI, où s’arrête la vie privée et ou commence la vie publique ? sur quels critères se baser ? que peux partager l’artiste ? quelle utilisation les fans ont-ils le droit de faire avec ce partage ?

Autant de questions soumises à interprétation dans notre monde où les réseaux sociaux ont complètement changé la donne.

Autant de questions sur les définitions des mots communication et partage avec un décalage évident entre les générations pré (où l’on privilégiait le fonds) et post (où l’on privilégie la forme) réseaux sociaux.

Autant de questions dans un monde où les avis se résument à un pouce levé ou un pouce baissé, sans aucune nuance entre deux…Bien ou Mal, Bon ou Mauvais, Noir ou Blanc.

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